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Culture santé : comprendre le programme, ses projets et ses métiers
Métiers & orientation

Culture santé : comprendre le programme, ses projets et ses métiers

La culture santé désigne une politique interministérielle qui favorise l’accès aux pratiques artistiques et culturelles dans les établissements sanitaires…

Mathieu Delcourt
12 min
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La culture santé désigne une politique interministérielle qui favorise l’accès aux pratiques artistiques et culturelles dans les établissements sanitaires et médico-sociaux, grâce à des projets construits avec des partenaires culturels. Initiée en 1999, cette politique commune a été renouvelée par une convention signée le 21 juillet 2025. Doté d’un budget global de 6 millions d’euros, le dispositif finance environ 1 000 projets par an. Voici son fonctionnement, ses priorités, ses financements et les compétences nécessaires pour y travailler.

Une politique commune pour faire entrer la culture dans les lieux de soin

Le programme culture et santé organise l’accès à la culture des personnes accueillies en milieu hospitalier ou médico-social. Il soutient des projets artistiques menés dans les établissements, avec une attention portée à la rencontre entre les publics, les artistes, les œuvres et les professionnels.

Cette politique interministérielle a été initiée en 1999 par le ministère de la Culture et le ministère de la Santé. Après plus de vingt ans de coopération, une nouvelle convention « Culture et Santé » a été signée le 21 juillet 2025 par le ministère de la Culture et le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées.

La convention de 2010 avait marqué une évolution importante : elle ouvrait, à titre expérimental, le dispositif aux établissements médico-sociaux. Le programme ne concerne donc plus uniquement l’hôpital. Il peut associer des structures accueillant des personnes âgées, des personnes en situation de handicap ou des publics accompagnés dans le champ de la santé mentale.

La finalité n’est pas thérapeutique au sens médical du terme. Une pratique artistique peut contribuer à la qualité de vie, à l’expression ou au lien social, mais elle ne remplace ni un soin ni une prise en charge. Cette distinction protège autant la place de l’artiste que celle du professionnel de santé.

Une démarche distincte de l’éducation artistique et culturelle

Culture santé et éducation artistique et culturelle, souvent abrégée EAC, peuvent employer des méthodes proches sans désigner exactement la même politique. La première se définit par son intervention dans les univers sanitaires et médico-sociaux ; la seconde organise un parcours d’accès à l’art et à la culture autour de trois piliers :

  • Les rencontres, avec des artistes, des œuvres, des lieux et des professionnels de la culture.
  • Les pratiques, qui permettent aux participants d’expérimenter une discipline artistique.
  • Les connaissances, qui donnent des repères pour comprendre les œuvres, les démarches et les contextes culturels.

Un projet mené dans un établissement peut mobiliser ces trois dimensions. Pour autant, employer le vocabulaire de l’EAC ne dispense pas les porteurs de projet d’adapter les ateliers, les rythmes et la médiation aux contraintes du soin, de l’accompagnement et de l’accessibilité.

Des conventions nationales à leur mise en œuvre régionale

Le cadre est national, mais la réalisation des projets se joue principalement en région. Les conventions fixent une orientation commune entre les ministères ; les directions régionales des affaires culturelles, ou DRAC, et les agences régionales de santé, ou ARS, la traduisent ensuite dans leurs territoires.

Cette organisation permet de rapprocher deux univers qui ne partagent pas toujours leurs méthodes. La DRAC apporte sa connaissance des politiques artistiques, des structures culturelles et des artistes. L’ARS connaît les établissements de santé, les acteurs médico-sociaux et les priorités régionales de santé. Des collectivités, associations et réseaux spécialisés peuvent compléter cette coopération.

Le renouvellement national intervenu le 21 juillet 2025 donne un cadre aux appels à candidature régionaux de 2026. Un même intitulé ne signifie toutefois pas que les modalités sont identiques partout : les publics éligibles, les pièces attendues, les priorités ou le calendrier dépendent du cahier des charges publié dans chaque région.

Cette gouvernance à plusieurs niveaux peut ressembler à un petit labyrinthe administratif. Le bon réflexe consiste à identifier d’abord le territoire d’implantation de l’établissement, puis la DRAC et l’ARS compétentes, avant de chercher l’appel à projets correspondant. Vous évitez ainsi de préparer un dossier pour un cadre régional qui ne s’applique pas à votre structure.

Financement : ce que couvre un appel à projets régional

Le dispositif Culture Santé bénéficie d’un budget global de 6 millions d’euros et finance environ 1 000 projets par an. Ces données témoignent d’un programme largement déployé, mais elles ne constituent ni une enveloppe garantie pour chaque région ni un montant attribué automatiquement à chaque candidature.

Les porteurs de projet doivent se reporter au cahier des charges annuel. Pour une candidature en 2026, le document régional précise notamment les structures qui peuvent déposer un dossier, les partenariats attendus, les dépenses recevables, le calendrier et la procédure de transmission. Ces éléments doivent être lus avant de bâtir le budget, et non une fois le projet artistique entièrement conçu.

Une préparation solide suit généralement cet ordre :

  1. Vérifier l’éligibilité de l’établissement sanitaire ou médico-social et du partenaire culturel.
  2. Définir les publics concernés, leurs conditions d’accueil et leurs besoins d’accessibilité.
  3. Formaliser le rôle de chaque partenaire, de la conception à l’évaluation.
  4. Construire un projet artistique cohérent avec le fonctionnement réel de la structure.
  5. Établir le budget et réunir les pièces demandées par le cahier des charges régional.
  6. Déposer le dossier selon le calendrier et le canal indiqués pour la région.

Le cahier des charges annuel 2026 publié pour l’Auvergne-Rhône-Alpes est proposé sous la forme d’un fichier de 1 Mo, signalé comme n’étant pas entièrement compatible avec les lecteurs d’écran. Ce détail illustre un point de vigilance concret : l’accessibilité doit concerner les projets, mais aussi les documents et procédures permettant d’y candidater.

Ne confondez pas non plus l’appel à projets Culture Santé avec le Fonds Accessibilité. Doté chaque année d’un million d’euros au plan national, ce fonds accorde des aides aux établissements culturels pour développer des outils ou dispositifs d’accessibilité. Sa vocation et ses bénéficiaires ne se superposent donc pas nécessairement à ceux d’un projet artistique accueilli dans un établissement de santé.

À quoi ressemble la culture dans un parcours de soins ?

La culture en médecine recouvre la présence d’artistes, d’œuvres et de pratiques culturelles au sein des lieux de soin ou d’accompagnement. Elle peut prendre la forme d’ateliers, de spectacles, de diffusion d’œuvres ou de médiation, à condition que le projet respecte les personnes, les contraintes de l’établissement et l’autonomie de la démarche artistique.

Un atelier d’écriture dans un service de psychiatrie, une intervention musicale en établissement, une création avec des résidents ou une médiation autour d’œuvres relèvent de logiques différentes. Leur point commun tient moins à la discipline choisie qu’à la qualité de la coopération entre la structure d’accueil et le partenaire culturel.

Les établissements et publics concernés peuvent comprendre :

  • les hôpitaux et les cliniques ;
  • les services de psychiatrie ;
  • les EHPAD et les structures accompagnant des personnes âgées ;
  • les établissements médico-sociaux ;
  • les structures accueillant des personnes en situation de handicap.

Des associations et organismes spécialisés facilitent le rapprochement entre ces univers. Le Rire Médecin, Musique & Santé ou le Réseau Art, soin, citoyenneté illustrent la diversité des acteurs susceptibles de contribuer à la création, à la médiation ou à la diffusion de projets culturels et artistiques.

Une intervention réussie ne se greffe pas artificiellement sur le planning d’un service. Elle demande de tenir compte du temps de travail des équipes, de la disponibilité des participants, des règles de sécurité, du consentement et des éventuelles fatigues. L’objectif culturel reste central, mais ses modalités s’ajustent au terrain.

Les ressources territoriales qui facilitent le montage d’un projet

Les pôles et réseaux régionaux apportent des contacts, des outils et une connaissance opérationnelle du territoire. Ils aident les établissements, artistes, associations et porteurs de projet à repérer des partenaires et à comprendre les cadres de coopération.

Le Réseau Culture Santé Centre-Val de Loire, le Pôle Culture & Santé en Nouvelle-Aquitaine, la dynamique développée en Normandie, interSTICES et Itinéraires singuliers font partie des ressources mobilisables selon les territoires. Leur rôle peut porter sur l’information, la mise en réseau, la professionnalisation ou l’accompagnement méthodologique.

Les cartographies sont particulièrement utiles pour sortir d’une recherche abstraite. En Centre-Val de Loire, des listes et cartographies de projets ont été publiées de 2021 à 2025. Elles donnent à voir les établissements impliqués, la répartition territoriale des initiatives et la diversité des coopérations déjà engagées.

Avant de solliciter un partenaire, consultez les projets réalisés dans votre région. Une cartographie sert moins à reproduire une action existante qu’à repérer un écosystème, des disciplines présentes et d’éventuelles zones peu couvertes. Elle peut aussi vous aider à formuler une proposition ancrée dans les besoins du territoire.

Handicap, dépendance et santé mentale : des priorités sans projet standard

Les thèmes sanitaires et sociaux associés à la culture santé comprennent notamment le handicap, la dépendance, le vieillissement, la santé mentale, l’isolement et le lien social. Ils traversent aussi les enjeux de participation à la vie culturelle dans les établissements sanitaires et médico-sociaux.

ThèmeBesoin à intégrer au projetPoint de vigilance
Situation de handicapAccessibilité des œuvres, outils et pratiquesNe pas réduire l’accessibilité à l’accès physique
Dépendance et grand âgeRythme adapté et continuité de la participationPréserver le choix et la place active des personnes
Santé mentaleCadre sécurisant et coordination avec l’établissementNe pas présenter l’activité artistique comme un soin
Lien socialProjet collectif ouvert aux interactionsÉviter une participation purement passive

En novembre 2023, la DRAC et l’ARS du Centre-Val de Loire ont réaffirmé leur engagement commun en faveur de l’accessibilité et de la participation à la vie culturelle des usagers de santé, par une convention Culture 2023-2026. Cette démarche régionale illustre la manière dont les orientations nationales peuvent être adaptées aux priorités d’un territoire.

Le Fonds Accessibilité, doté d’un million d’euros par an au niveau national, finance pour sa part des outils ou dispositifs développés par les établissements culturels. L’accessibilité ne doit cependant pas être traitée comme une ligne ajoutée à la fin du budget : elle se pense dès la conception, avec les publics et les professionnels qui connaissent leurs conditions de participation.

Travailler dans la culture santé : des métiers à l’interface

Le champ ouvre des perspectives aux professionnels capables de faire dialoguer les secteurs culturel, sanitaire et médico-social. Les fonctions peuvent se situer dans une DRAC, une ARS, un établissement, une association, un réseau territorial ou une structure artistique.

Le chargé de projet culture santé ne se contente pas de programmer une intervention. Il analyse un contexte, recherche des partenaires, coordonne les acteurs, prépare des dossiers de financement, suit un calendrier, organise les conditions d’accueil et contribue à l’évaluation. Selon son employeur, il peut également accompagner plusieurs porteurs de projet à l’échelle d’un territoire.

Les compétences les plus directement mobilisées sont :

  • la conception et la coordination de projets artistiques ;
  • la médiation culturelle auprès de publics variés ;
  • la connaissance des établissements sanitaires et médico-sociaux ;
  • la coopération avec des professionnels aux contraintes différentes ;
  • la préparation d’un budget et d’un dossier de candidature ;
  • l’intégration de l’accessibilité, de l’éthique et des droits des participants.

Plus de 1 000 projets sont facilités chaque année pour un budget global d’environ 6 millions d’euros relevant du ministère de la Culture. Ce volume révèle un secteur actif, mais il ne garantit pas l’existence d’un parcours de recrutement uniforme. Les intitulés de poste, les statuts et les missions diffèrent selon les structures ; mieux vaut examiner le contenu réel de la fonction que s’arrêter à son intitulé.

Pour vous orienter vers ce domaine, commencez par choisir votre point d’entrée : coordination en établissement, médiation dans une structure culturelle, accompagnement régional ou gestion associative. Une expérience de projet menée en partenariat et une bonne compréhension du secteur médico-social seront souvent plus parlantes qu’un discours général sur votre intérêt pour la culture.

Culture santé n’est ni un supplément décoratif au soin ni une méthode thérapeutique déguisée : c’est une politique d’accès à la vie artistique fondée sur des partenariats structurés. Sa solidité dépend de la place accordée aux personnes, de la qualité de la coopération et de l’adaptation du projet au fonctionnement de l’établissement. Si vous souhaitez y travailler, recherchez d’abord une fonction précise et un territoire, puis confrontez vos compétences aux missions réellement proposées. L’étape suivante consiste à étudier les cahiers des charges régionaux et les cartographies de projets pour comprendre où votre profil peut être utile.

Questions fréquentes

Faut-il être professionnel de santé pour travailler dans la culture santé ?

Non. Les équipes peuvent réunir des professionnels de santé, des artistes, des médiateurs culturels, des chargés de projet et des responsables associatifs ; l’essentiel est de comprendre les contraintes de chaque secteur et de savoir coopérer.

Un atelier artistique organisé dans un hôpital relève-t-il automatiquement du programme ?

Non. Une activité ponctuelle ne devient pas automatiquement un projet Culture Santé : son éligibilité dépend du partenariat, de sa construction, des publics concernés et des critères fixés par l’appel à projets régional.

Où trouver un appel à projets Culture Santé en 2026 ?

Consultez les publications de la DRAC et de l’ARS compétentes pour la région de l’établissement. Vérifiez le cahier des charges annuel, le calendrier, les structures éligibles, les pièces requises et la procédure de dépôt avant de préparer votre candidature.

Quelle formation prépare aux métiers de la culture santé ?

Il n’existe pas un parcours unique mentionné par le dispositif. Une formation en médiation culturelle, coordination de projets artistiques ou gestion de structures peut constituer une base, à compléter par une connaissance concrète des secteurs sanitaire, social et médico-social.

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Mathieu Delcourt

À propos de l'auteur

Mathieu Delcourt

Rédaction en chef

Ancien chargé des ressources humaines dans un centre hospitalier universitaire, Mathieu Delcourt s’est spécialisé dans les statuts, la paie et la mobilité des professionnels de santé. Il dirige Lelabostaff pour rendre compréhensibles les décisions administratives qui pèsent concrètement sur une carrière, un planning ou un revenu.

  • Ex-consultante RH
  • Expérience OPCO
  • Connaisseuse Qualiopi
  • 100+ plans accompagnés

Cet article est publie a titre informatif. Faites vos propres recherches avant toute decision.