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Développement durable dans le secteur de la santé : faire de la transition un acte de soin
Métiers & orientation

Développement durable dans le secteur de la santé : faire de la transition un acte de soin

Le développement durable dans le secteur de la santé consiste à réduire l’empreinte environnementale des soins tout en améliorant leur qualité, leur continuité…

Mathieu Delcourt
12 min
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Le développement durable dans le secteur de la santé consiste à réduire l’empreinte environnementale des soins tout en améliorant leur qualité, leur continuité et leur résilience. Le système de santé contribue au dérèglement climatique, mais il doit aussi prendre en charge ses conséquences et rester opérationnel lors d’événements extrêmes. Les 17 Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 fournissent un cadre commun pour agir. Cet article détaille les principaux leviers, des déchets aux achats, puis propose une méthode applicable dans un établissement sanitaire ou médico-social.

Pourquoi la transition écologique devient un enjeu de soin ?

Un système de santé durable protège à la fois les patients d’aujourd’hui et sa capacité à soigner demain. La transition écologique ne relève donc pas d’un supplément de politique institutionnelle : elle touche directement la prévention, l’accès aux soins, la qualité des prises en charge et la continuité de l’activité.

Le secteur exerce une pression sur l’environnement par ses bâtiments, ses achats, ses déplacements, ses déchets et ses consommations. En retour, le dérèglement climatique augmente les risques sanitaires, perturbe certains approvisionnements et met les établissements sous tension lors des vagues de chaleur ou d’autres événements extrêmes. Cette relation fonctionne dans les deux sens.

La sobriété ne signifie pas rationner indistinctement. Elle consiste à retirer ce qui n’apporte pas de bénéfice au patient, puis à employer les ressources là où elles améliorent réellement le soin. Prévenir une pathologie, éviter un examen redondant ou coordonner un parcours pour limiter des transports inutiles peut servir simultanément la santé publique et l’environnement.

Cette approche oblige toutefois à arbitrer avec méthode. Une réduction de consommation ne peut pas justifier une dégradation des conditions d’hygiène, une perte de chance ou une charge de travail transférée aux équipes. L’engagement des professionnels de santé ne doit pas compenser une organisation insuffisamment préparée.

Où se situe l’empreinte environnementale des établissements ?

L’impact d’un établissement ne se limite ni à sa facture énergétique ni aux sacs visibles dans les services. Il résulte d’un ensemble de flux liés au fonctionnement des bâtiments, aux produits achetés, aux pratiques de soin et aux déplacements nécessaires à la prise en charge.

Les principaux postes à examiner sont les suivants :

  • L’énergie des bâtiments : chauffage, rafraîchissement, ventilation, éclairage et fonctionnement continu des équipements.
  • L’eau : usages sanitaires, nettoyage, restauration, stérilisation et certains procédés techniques.
  • Les achats : médicaments, dispositifs médicaux, alimentation, textiles, mobilier, prestations et équipements numériques.
  • Les déchets : volume produit, emballages, consommables à usage unique et filières de traitement.
  • Les mobilités : trajets des patients, des proches, des professionnels, des fournisseurs et transports sanitaires.
  • Le numérique : terminaux, infrastructures, stockage, renouvellement des équipements et circulation des données.

Cette cartographie change selon l’activité. Un établissement sanitaire doté d’un plateau technique n’a pas les mêmes contraintes qu’une structure médico-sociale, qu’un centre de soins ambulatoires ou qu’un service réparti sur plusieurs sites. La comparaison entre services n’est utile que si elle tient compte de leur mission, de leur fréquentation et des exigences de sécurité.

Le bon réflexe consiste à observer les flux avant de choisir les actions. Une campagne sur les écogestes peut sensibiliser, mais elle ne remplacera pas l’analyse d’un marché d’achat, d’une organisation logistique ou d’un équipement énergivore utilisé quotidiennement.

Réduire les déchets de soin sans déplacer le risque

Le déchet le mieux maîtrisé reste celui qui n’a pas été produit, à condition que sa prévention soit compatible avec la sécurité du patient. Le tri intervient après le choix du produit, son conditionnement, son usage et l’organisation du soin : il est nécessaire, mais ne peut pas constituer toute la stratégie.

Prévenir avant de trier

La première étape consiste à repérer les consommables ouverts puis inutilisés, les compositions de kits surdimensionnées, les produits périmés et les emballages évitables. Les équipes de terrain disposent ici d’une connaissance précieuse : elles savent quels éléments sont systématiquement jetés et lesquels répondent à une nécessité clinique.

Une démarche de prévention peut agir sur plusieurs niveaux :

  1. adapter le contenu des sets et des chariots aux pratiques réelles ;
  2. améliorer la rotation des stocks pour limiter les péremptions ;
  3. demander aux fournisseurs des conditionnements plus sobres ;
  4. remplacer certains produits à usage unique lorsqu’une option réutilisable est sûre ;
  5. mieux séparer les filières afin de ne pas orienter inutilement des déchets vers un traitement plus contraignant.

La substitution du plastique n’est pas un objectif isolé. Il faut comparer l’usage complet du produit, son nettoyage éventuel, sa durée de vie, son transport et sa fin de vie, plutôt que de s’arrêter au matériau affiché sur l’emballage.

Réemployer dans un cadre sécurisé

La réutilisation peut concerner des contenants, du textile, du mobilier ou certains équipements conçus pour plusieurs cycles. Elle suppose une procédure claire de nettoyage, de contrôle, de traçabilité et de remise en circulation. Un objet réutilisé sans organisation fiable ne constitue ni une économie solide ni une amélioration environnementale.

Le point de vigilance est net : aucun objectif de réduction ne doit conduire à improviser la réutilisation d’un dispositif prévu pour un usage unique. La décision appartient à un cadre collectif associant les compétences cliniques, l’hygiène, la logistique, les achats et la gestion des risques.

Faire des achats et des prescriptions des leviers de transformation

L’achat responsable agit en amont, là où se décident la conception des produits, leur durée d’usage et les déchets futurs. La prescription écoresponsable agit, elle, sur la pertinence du soin : le bon acte, le bon produit ou le bon médicament, pour la bonne situation clinique.

LevierQuestion décisiveEffet recherchéPoint de vigilance
Dispositif médicalPeut-il être durable, réparable ou moins emballé?Réduire les ressources et les déchetsPréserver les performances et la sécurité
ApprovisionnementLe fournisseur limite-t-il transports et ruptures?Raccourcir certains flux et renforcer la résilienceNe pas confondre proximité et meilleur impact global
MédicamentL’usage est-il pertinent et correctement suivi?Éviter gaspillage, surstock et consommation injustifiéeMaintenir la décision clinique au premier plan
Acte de soinApporte-t-il un bénéfice réel dans ce parcours?Éviter les actes redondants ou sans valeur ajoutéeNe jamais transformer la sobriété en refus de soin
ÉquipementSa durée de vie peut-elle être prolongée?Limiter le renouvellement prématuréGarantir maintenance, disponibilité et conformité

Les professionnels des achats peuvent intégrer des critères portant sur la durée de vie, la réparabilité, les emballages, la maintenance ou la reprise du matériel. Les équipes cliniques doivent participer à leur définition : un produit responsable sur le papier devient contre-productif s’il est inadapté au geste, davantage gaspillé ou plus difficile à utiliser.

Du côté clinique, la pertinence des actes ne consiste pas à appliquer une réduction uniforme. Elle demande d’éviter les examens en doublon, les prescriptions sans indication suffisante et les parcours mal coordonnés. Le bénéfice environnemental accompagne alors une amélioration de la qualité plutôt qu’une logique de restriction.

Décarboner les déplacements sans idéaliser le numérique

L’organisation du parcours peut éviter certains trajets tout en maintenant l’accès aux soins. La télésanté, le regroupement de rendez-vous et la coordination des transports sont utiles lorsqu’ils répondent aux besoins cliniques et aux conditions concrètes du patient.

La téléconsultation peut éviter un déplacement qui n’est pas nécessaire à la prise en charge lorsqu’un examen physique n’est pas requis et que le patient dispose d’un équipement, d’une connexion, d’un espace confidentiel et d’un accompagnement adaptés. Elle n’est pas pertinente si elle retarde un examen, exclut une personne éloignée du numérique ou provoque ensuite une consultation supplémentaire.

D’autres actions relèvent directement de l’organisation :

  • coordonner plusieurs examens ou consultations sur une même venue ;
  • limiter les déplacements évitables entre sites ;
  • organiser, lorsque la prise en charge le permet, des transports sanitaires groupés ;
  • faciliter le vélo, la marche, le covoiturage ou les transports collectifs pour les professionnels ;
  • rapprocher certaines réunions et formations des équipes concernées.

Le numérique possède lui aussi une empreinte matérielle. Multiplier les terminaux, conserver sans règle des données inutiles ou renouveler prématurément le matériel déplace une partie du problème au lieu de le résoudre. Une politique cohérente prolonge la durée d’usage des équipements, organise le stockage et choisit l’outil numérique selon le service réellement rendu.

Adapter les établissements aux événements climatiques

Réduire les émissions ne suffit pas : les établissements doivent aussi rester capables d’accueillir, de soigner et de protéger lors d’un événement climatique extrême. L’adaptation concerne le bâti, les patients vulnérables, les conditions de travail et la robustesse des approvisionnements.

Préparer les bâtiments et les équipes

Un bâtiment résilient limite la surchauffe, maîtrise ses consommations et maintient les fonctions essentielles. Les actions peuvent porter sur la protection solaire, la ventilation adaptée, l’isolation, les espaces ombragés, la gestion de l’eau et l’identification des zones les plus exposées.

La préparation opérationnelle doit préciser les responsabilités en période de tension : surveillance des personnes vulnérables, adaptation de certaines activités, disponibilité des équipements critiques, repos des professionnels et circulation de l’information. Une procédure n’est utile que si les équipes la connaissent et peuvent réellement l’appliquer.

Sécuriser la continuité des soins

La résilience passe également par l’identification des médicaments, consommables, services techniques et fournisseurs dont l’indisponibilité bloquerait l’activité. L’objectif n’est pas d’accumuler sans limite, mais de connaître les dépendances et de prévoir des solutions de remplacement validées.

Un plan solide s’appuie sur des exercices, des retours d’expérience et une mise à jour régulière. Il évite surtout de faire reposer la continuité sur la disponibilité informelle des professionnels de santé, déjà sollicités lorsque les besoins augmentent.

Utiliser les ODD et la SEDD pour donner de la cohérence aux actions

Les 17 Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 permettent de dépasser une lecture limitée au carbone. Ils relient la santé, le climat, la consommation responsable, la biodiversité et la réduction des inégalités dans un même cadre.

La Semaine européenne du développement durable, ou SEDD, mobilise chaque année des milliers de citoyens et d’acteurs socio-économiques en France et en Europe, selon ecologie.gouv.fr. Elle offre aux établissements une occasion de valoriser leurs démarches autour des 17 ODD, mais aussi de rendre visibles les résultats et les difficultés rencontrées.

Dans le secteur sanitaire et médico-social, une initiative peut contribuer à plusieurs objectifs : réduire le gaspillage alimentaire touche à la consommation responsable, tandis qu’un dispositif de mobilité peut agir sur les émissions et l’accès à l’emploi. Une action de prévention peut, de son côté, améliorer la santé tout en réduisant certaines prises en charge évitables.

La SEDD ne doit cependant pas devenir une vitrine déconnectée du fonctionnement annuel. Une exposition de bonnes pratiques a davantage de valeur lorsqu’elle présente un responsable, un calendrier, un indicateur et un résultat observable, y compris lorsque celui-ci reste partiel.

Construire une démarche durable qui survive aux changements d’équipe

Une démarche crédible commence par un diagnostic ciblé et se poursuit par une gouvernance dotée de responsabilités claires. L’établissement gagne à retenir peu de priorités au départ, mais à leur attribuer des moyens, un calendrier et des indicateurs compréhensibles.

La mise en œuvre peut suivre six étapes :

  1. Établir le diagnostic. Cartographiez les consommations, les déchets, les achats, les mobilités, les vulnérabilités du bâtiment et les risques de rupture.
  2. Définir la gouvernance. Désignez un pilotage identifié et associez direction, professionnels de santé, services techniques, achats, hygiène, logistique et représentants des usagers selon les sujets.
  3. Choisir les priorités. Évaluez chaque action selon son bénéfice sanitaire, son impact environnemental, sa faisabilité, son coût organisationnel et les risques associés.
  4. Formaliser un plan pluriannuel. Attribuez à chaque action un responsable, des ressources, une échéance et une méthode de suivi.
  5. Tester avant de généraliser. Expérimentez dans un service lorsque le changement touche aux pratiques, puis recueillez les effets sur le soin et le temps de travail.
  6. Publier les résultats. Présentez les progrès, les limites et les corrections nécessaires dans un format accessible aux équipes.

Les indicateurs doivent aider à décider. Ils peuvent suivre un flux évité, une évolution des achats, la durée d’usage d’un équipement, l’application d’une procédure ou la continuité d’une activité. Mesurer trop de données produit surtout un tableau de bord que personne n’ouvre, cousin contemporain du classeur oublié sur une étagère.

La mobilisation ne repose pas seulement sur la sensibilisation individuelle. Les professionnels doivent pouvoir signaler un gaspillage, proposer une modification et obtenir une réponse. Prévoyez un canal identifié, un temps de travail dédié et un retour sur les propositions, faute de quoi la démarche s’ajoutera aux tâches existantes sans transformer l’organisation.

Le développement durable devient réellement utile au secteur de la santé lorsqu’il améliore conjointement la pertinence des soins, la prévention et la capacité à faire face aux crises. Le tri reste nécessaire, mais les décisions les plus structurantes se prennent souvent bien avant la poubelle : dans les achats, les prescriptions, les bâtiments et la conception des parcours. Commencez par un diagnostic limité à quelques flux décisifs, puis évaluez chaque action au regard du bénéfice pour le patient et des conditions de travail. Cette méthode ouvre naturellement sur les métiers et les compétences nécessaires pour conduire la transition dans les établissements.

Questions fréquentes

Quels professionnels peuvent travailler sur le développement durable en santé ?

Des fonctions liées aux achats, à la qualité, à la logistique, au bâtiment, à l’hygiène, à la prévention ou à la coordination peuvent contribuer à cette démarche. Les compétences cliniques restent indispensables pour vérifier qu’une action environnementale améliore le soin sans créer de risque.

Faut-il créer un poste dédié dans chaque établissement ?

Un pilotage clairement identifié est nécessaire, mais sa forme dépend de la taille et de l’organisation de l’établissement. Même sans poste exclusivement dédié, les responsabilités, le temps alloué et les circuits de décision doivent être formalisés.

La transition écologique risque-t-elle de réduire les moyens consacrés aux patients ?

Elle ne doit pas servir de prétexte à une réduction uniforme des ressources. Une démarche responsable cible les gaspillages et les actes sans bénéfice, tout en protégeant la sécurité, l’accès aux soins et les conditions de travail.

Comment valoriser une expérience de développement durable dans une candidature ?

Décrivez une action précise, votre rôle, les professionnels associés, la difficulté rencontrée et le résultat observé. Une expérience de terrain documentée est plus convaincante qu’une simple déclaration d’intérêt pour l’environnement.

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À propos de l'auteur

Mathieu Delcourt

Rédaction en chef

Ancien chargé des ressources humaines dans un centre hospitalier universitaire, Mathieu Delcourt s’est spécialisé dans les statuts, la paie et la mobilité des professionnels de santé. Il dirige Lelabostaff pour rendre compréhensibles les décisions administratives qui pèsent concrètement sur une carrière, un planning ou un revenu.

  • Ex-consultante RH
  • Expérience OPCO
  • Connaisseuse Qualiopi
  • 100+ plans accompagnés

Cet article est publie a titre informatif. Faites vos propres recherches avant toute decision.